Avec les tempêtes Nils et Pedro, la France a fait face à un épisode climatique extrêmement alarmant. Le mois de février 2026 restera marqué par le cauchemar vécu par des centaines de milliers de nos concitoyens. 37 jours de pluie consécutifs ont été enregistrés, 151 rivières sont sorties de leur lit, 84 départements ont été mis en alerte. Les experts sont formels : ce phénomène est inédit en France.
La région où je suis née et où j’ai grandi, la Nouvelle-Aquitaine, a été massivement touchée par ces crues, à l’image d’une grande partie de l’Ouest français.
À l’heure où j’écris ces lignes, la tempête Nils a coûté la vie à au moins cinq personnes en France, et un homme est toujours porté disparu. Avant toute chose, j’adresse évidemment toutes mes condoléances aux proches des victimes de cette catastrophe et toutes mes pensées aux personnes frappées par ce drame.
La responsabilité accablante du gouvernement dans ce désastre
Alors que le changement climatique va amener les événements météorologiques extrêmes à être de plus en plus intenses et de plus en plus fréquents, le gouvernement n’a absolument pas pris ses responsabilités face à l’ampleur de ce drame. Les récents épisodes de catastrophes naturelles en France (inondations, incendies, sécheresses, etc.) auraient pourtant dû depuis longtemps achever de tirer la sonnette d’alarme sur notre vulnérabilité face au changement climatique.
Dans ce contexte, est-il nécessaire de rappeler que M. Bayrou a divisé par deux le Fonds vert en 2025, alors que ce dernier avait déjà été drastiquement revu à la baisse ? Ou encore que M. Lecornu, dans son budget 2026, a coupé 2 milliards d’euros pour les collectivités territoriales, alors qu’elles sont pourtant en première ligne face aux catastrophes climatiques ?
Tandis que M. Lecornu a assuré que l’indemnisation des victimes des inondations était sa priorité, il est important de rappeler que certaines victimes des inondations de l’hiver 2023-2024 dans le Nord-Pas-de-Calais n’avaient toujours pas été indemnisées deux ans après le drame.
En plus de cela, la Ministre de la Transition écologique, Mme Barbut, a récemment tenu des propos illustrant toute l’indignité du pouvoir macroniste : d’après elle, ce sont les collectivités qui ont fauté. Elle les accuse de ne pas avoir augmenté au maximum la taxe Gemapi (gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations) sur les inondations pour financer l’entretien des digues. En effet, depuis 2024, le gouvernement a délégué la responsabilité de la gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (Gemapi) aux collectivités territoriales, la plupart du temps sans concertation et contre l’avis des collectivités.
Ainsi, le gouvernement préfère fermer les yeux sur sa propre responsabilité en accablant les collectivités territoriales, à qui ils ont pourtant coupé les moyens nécessaires pour prévenir efficacement les inondations. En effet, d’après l’Association des maires de France, la taxe Gemapi, « même augmentée à son maximum, serait très loin de couvrir le financement des besoins d’aménagement des digues et de lutte contre les inondations ». Ainsi, le coût réel de la rénovation du parc des digues d’ici 2035 serait en réalité de 14 milliards d’euros, une somme largement supérieure aux recettes de la taxe Gemapi et aux moyens alloués aux collectivités.
On retrouve le même son de cloche du côté de l’ancien ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, directement concerné par la catastrophe en tant que maire d’Angers. D’après lui, “ceux qui restent chez eux en se disant que la collectivité les aidera doivent prendre leurs responsabilités”. Un exemple criant de l’inhumanité et de l’inefficacité du “chacun pour soi”, là où le “tous ensemble” est la seule attitude à même de faire face aux enjeux de notre temps.
La technique macroniste reste toujours la même : nier toute responsabilité et rejeter la faute sur les autres, même sur les premières victimes de la catastrophe. Une chose est claire : ces gens-là sont nés avant la honte.
Déjà en 2022, la Cour des Comptes avait lancé l’alerte en montrant, chiffres à l’appui, que le risque de crues en Ile-de-France était dangereusement sous-financé, entraînant notamment un entretien des digues largement insuffisant.
Les inondations, un risque structurel en France largement sous-estimé
Les faits sont frappants : un Français sur quatre est aujourd’hui exposé au risque d’inondation, qui est d’ores et déjà le premier risque naturel en France. La moitié des communes sont concernées par le risque d’inondation. En Île-de-France, 100 000 logements, majoritairement collectifs, ont été construits en zones inondables. Choisy-le-Roi, ville de ma circonscription, a été historiquement marquée par les crues et la grande majorité de son territoire est inondable. Plus largement, le département du Val-de-Marne est soumis à de forts risques, avec 25 000 logements construits en zones inondables.
Alors que la France est déjà un des pays les plus inondables d’Europe, Météo-France estime que les événements de précipitations extrêmes pourraient augmenter de 20 à 30 % d’ici 2050. Le changement climatique est inévitable et inarrêtable.
Deux facteurs rendent notre pays particulièrement vulnérable aux inondations : l’artificialisation des sols et l’industrialisation de l’agriculture.
La bétonisation et l’artificialisation des sols, qui augmente chaque année (entre 20 000 et 30 000 hectares), imperméabilise et accélère les crues en favorisant le glissement de l’eau. Par ailleurs, les zones humides s’assèchent (ou sont asséchées) du fait du réchauffement climatique, ce qui les empêche de jouer leur rôle majeur de stockage d’eau.
De plus, l’industrialisation de l’agriculture a grandement dégradé la capacité d’absorption des sols en déséquilibrant le grand cycle de l’eau avec le détournement de cours d’eau, les monocultures, ou encore la construction de méga bassines. Ainsi, le journaliste Stéphane Foucart a rappelé dans le Monde que “l’industrialisation de l’agriculture a contribué le plus fortement à l’agrandissement des parcelles, à l’arrachage des haies, à l’arasement des talus, à l’imperméabilisation des terres arables abîmées par un demi-siècle de pesticides, en bref à tout ce qui contribue à rendre les paysages de moins en moins résilients aux précipitations extrêmes renforcées par le changement climatique”.
Des évènements aux effets négatifs concrets et durables
Les inondations dans l’Ouest français ont causé un lourd bilan humain, psychologique, social et économique. Et celui-ci va encore empirer dans les semaines à venir.
Dans le département de la Gironde, à date du 20 février 2026, 11 700 personnes étaient privées de téléphonie mobile et 6 400 personnes de téléphonie fixe, 3 500 foyers toujours privés d’électricité. Dans la commune de Langon, 1 000 personnes sont restées privées d’alimentation en eau potable pendant plusieurs jours suite à une fuite de canalisation. Dans le Maine-et-Loire, plusieurs centaines d’habitants ont dû être évacués de leur logement.
Sur le long terme, au-delà des dégâts matériels, ces catastrophes naturelles ont des effets néfastes sur la santé mentale des sinistrés. Ainsi, de nombreuses victimes des inondations dans le Nord-Pas-de-Calais souffrent toujours de stress post-traumatique, et même pour certaines de dépression. Pour les plus jeunes surtout, l’évacuation en urgence du domicile et l’instabilité qui en suit entraînent de graves pertes de repère qui ont de fortes conséquences de long terme sur leur équilibre mental et psychique.
La nécessaire planification écologique pour lutter contre les catastrophes climatiques
Face à cette situation, la France insoumise défend la méthode de la planification écologique, seule à même de pouvoir organiser la bifurcation écologique de notre économie. Elle implique l’élaboration d’un plan en collaboration avec des opérateurs publics tels que Météo France. Ce plan devrait inclure deux dynamiques complémentaires : l’atténuation du changement climatique et l’adaptation de notre pays à ses conséquences irrémédiables. Il comprendrait notamment des rénovations énergétiques, des grands travaux de rénovation des canalisations, d’enfouissement des lignes à haute tension, de diagnostic et consolidation des ouvrages d’art, etc.
Nous défendons aussi la création d’un haut-commissariat du droit à l’eau, à l’assainissement et à la protection du cycle de l’eau dont les missions couvriront notamment la prévention des sécheresses et des inondations, la révision régulière et ambitieuse des plans de préventions des risques d’inondations, ainsi qu’un plan d’investissement pour lutter contre les inondations par ruissellement et la montée des eaux ainsi que la création d’un fonds d’aide à la relocalisation des constructions menacées par les inondations et la montée des mers.
À l’échelle de la commune, les insoumis proposent un plan de relèvement de catastrophe dans les communes où un risque élevé d’inondation est identifié, un plan de renaturation des sols pour lutter contre les inondations et les ruissellements, ainsi que la restauration de la régénération des écosystèmes de berges de cours d’eaux et de littoraux pour limiter l’exposition aux inondations et à la submersion. De plus, les insoumis s’engagent à développer la végétalisation des communes, ce qui augmente les capacités d’absorption des sols.
Enfin, il est absolument nécessaire de mettre fin au sous-investissement massif dans la prévention du risque d’inondation, et d’allouer les moyens nécessaires dans la construction et l’entretien de digues et de pompes d’évacuation.
Je conclurai sur les mots que l’ancien Commissaire à l’étude et à la prévention des risques naturels majeurs, Haroun Tazieff, employait déjà lors des inondations de 1982 : “On n’arrivera jamais à empêcher les inondations. Mais avec un vaste plan national d’envergure, on peut les limiter dans des proportions tout de même extrêmement grandes».
La catastrophe n’est pas naturelle, elle est politique.