Au lendemain du second tour des élections municipales, je prends le temps de revenir sur les résultats de cette élection, et sur les bouleversements qu’elle provoque.
C’est un travail important et nécessaire. Les commentaires de plateaux de télévision, trop souvent paresseux et automatique, n’ont pas permis d’y voir clair sur des scrutins aux réalités souvent très différentes.
La France insoumise en position de force
Il faut donc souligner à nouveau le premier constat de l’élection qui vient de se dérouler : la percée insoumise. 16 millions de personnes pourront désormais compter sur au moins un conseiller municipal insoumis pour les défendre dans leur ville ou village. Parmi les 500 communes où nous étions présents au premier tour, nous rentrons dans le conseil municipal de près de 400 d’entre elles.
Ces résultats sont exceptionnels pour une force politique qui participait pour la première fois à une élection municipale. Ils sont même inédits au XXIe siècle.
Si l’on n’analyse que les 50 plus grandes villes, particulièrement scrutées par les médias, la progression insoumise s’observe également : nous en gagnons 2, Saint-Denis et Roubaix. Sur cet ensemble, la droite et les Rassemblement national stagnent, tandis que le Parti socialiste en perd 2 et les Ecologistes, 5. Notons également que 2 des 3 plus grandes villes conquises par les insoumis – Roubaix et le Tampon – l’ont été dans des mairies détenues par la droite.
Aussi, je tiens à féliciter chaque militante et chaque militant insoumis pour le travail mené d’arrache pied ces derniers mois. Je veux également remercier chaque électeur et chaque électrice qui a choisi le bulletin soutenu par la France insoumise : votre confiance nous honore, sachez que nous nous en montrerons dignes. Je veux enfin assurer de mon soutien toutes les équipes municipales qui accèdent aux responsabilités, avec des insoumis comme maire ou adjoints. Nous avons confiance en vous.
Pour ce qui est du bilan des autres forces politiques, il faut noter que la volonté de dégager les barons locaux, quel que soit leur bord, a fonctionné à plein régime : François Bayrou à Pau, François Cuillandre à Brest, Bernard Combes à Tulle, Christian Estrosi à Nice… Une génération d’hommes politiques a été remerciée par les électeurs.
La progression du Rassemblement national est aussi à noter. Elle doit cependant être relativisée : ils remplacent un autre maire d’extrême droite à Orange, perdent leur maire sortant à Villers-Cotterêts, et échouent dans un grand nombre de villes dont ils faisaient des objectifs assumés : Marseille, Toulon, Nîmes et Douai, entre autres.
À gauche, l’heure des comptes
Je laisserai les autres forces de gauche faire leur propre bilan, mais je tiens à contester l’idée fausse répétée en boucle par certains dirigeants socialistes : non, fusionner nos listes ne leur a pas coûté de mairies, bien au contraire.
4 des 8 grandes villes de gauche dans lesquelles nous avons fusionné avec les sortants le restent grâce à l’alliance avec LFI (Lyon, Nantes, Grenoble et Tours), 1 bascule au PS (Strasbourg), et 3 à droite (Clermont, Brest, Besançon).
Nous avons fusionné avec les socialistes ou les écologistes quand le risque que la ville passe à droite était très important. C’est-à-dire que la liste sortante de gauche avait un important retard au premier tour. À l’évidence, il leur faut maintenant faire le bilan des raisons pour lesquelles les électeurs ont si durement sanctionné leur candidat au premier tour, rendant la « remontada » quasiment impossible, même dans une fusion avec les insoumis. Les premiers responsables ne peuvent être que les équipes municipales sortantes. Nous n’en faisions pas partie dans les villes perdues par le PS et les Ecologistes, contrairement à plusieurs des villes conservées par la gauche.
Cette analyse vaut aussi pour les villes pour lesquelles la victoire nous a échappé de peu. À Toulouse, la liste fusionnée derrière François Piquemal fait le plus gros score d’une liste de gauche dans l’histoire de la ville ! Elle obtient 78 925 voix, quand c’était 51 564 voix pour la liste de gauche en 2020 et 73 414 voix quand la gauche avait gagné la ville en 2008.
Précisons au passage quelques données que certains préfèrent mettre sous le tapis. Par exemple, les rares villes conservées ou gagnées par les Écologistes l’ont été avec la France insoumise. C’est le cas des 4 plus grandes villes écologistes : Lyon, Grenoble, Tours et Bagnolet.
Une dernière chose sur ce mythe de ces alliances avec LFI qui auraient repoussé les électeurs : les fusions sans les insoumis observent des dynamiques de report de voix similaires à celles qui incluaient les insoumis. Lors d’une fusion, les report de voix ne sont pas toujours parfaits. C’est le cas depuis toujours. Et pas spécialement avec ou sans les insoumis.
Enfin, derrière les chiffres, tirons des leçons politiques. Pour notre première élection municipale, nous avons fait face à un phénomène inédit. Dans de nombreuses communes, les Socialistes et les Écologistes, voire les Communistes, ont fait le choix d’un front uni anti-insoumis dès le premier tour. Fini la possibilité pour l’électeur de choisir parmi ces nuances, le principal objectif était de se rassembler pour faire barrage à la France insoumise.
Cette logique sectaire ne nous a pas empêchés de progresser, voire de l’emporter par endroits. Elle a eu comme effet d’empêcher le rassemblement au second tour. Place publique et le PS ont refusé de fusionner avec nous à Saint-Brieuc et au Kremlin-Bicêtre : ils ont perdu ces villes. Place publique et les Écologistes ont refusé de fusionner avec nous à Angoulême et Villeneuve d’Ascq : ils ont empêché les insoumis de les prendre à la droite. Un chiffre l’illustre : de 848 communes où le PS était présent en 2008, il n’en reste que 95, remplacées souvent par des unions visant à préserver des postes.
La Nouvelle France gouvernera bientôt
Nous, insoumis, avons comme objectif de faire rentrer le peuple en politique. Nous y sommes parvenus. Nos élus et maires sont jeunes, issus des quartiers populaires, et pour la plupart d’entre eux, c’est leur premier mandat. Ils montrent à chacune et chacun que la France insoumise est la bannière derrière laquelle on accueille toutes celles et ceux qui veulent se battre pour un monde plus juste.
Nous sommes la seule force politique à avoir progressé à chacune des élections depuis 2017 : municipales, régionales, européennes, législatives et présidentielles. Le combat continue.