Nouveau programme des Écologistes : où en est-on ?

Ce lundi, Marine Tondelier a dévoilé à la presse la nouvelle version du programme de son parti. Je l’ai évidemment lue avec attention.

D’abord, il faut saluer la méthode.

Les Écologistes présentent un programme détaillé, avec 68 chapitres, à l’issue d’un processus de contributions citoyennes. La façon de faire insoumise fait des émules ! Le fait que l’aspirante candidate à l’élection présidentielle pour le parti l’endosse pleinement est aussi une nouveauté. Rappelez-vous la dernière fois : Yannick Jadot n’avait présenté ses 120 propositions que 2 mois avant l’élection, sans s’appuyer sur le programme validé par le parti.

Ensuite, sur le fond, il faut noter des évolutions positives.

Ainsi, face à l’urgence sociale, le parti indique désormais vouloir « encadrer les prix d’un panier de biens essentiels empêchant une logique spéculative en matière de logement, d’énergie, d’eau potable, de transport, d’alimentation de qualité et de biens culturels ». Cette proposition du programme du Nouveau Front populaire avait dernièrement été abandonnée par Marine Tondelier, qui s’était déclarée opposée au blocage des prix de l’essence le 28 mars dernier, proposant alors des aides ciblées, sur le modèle macroniste.

Sur les retraites, le programme se rapproche également du nôtre.

Dans la version de travail soumise à contributions en décembre dernier, on lisait : « Abroger les dispositions injustes de la réforme Borne notamment l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Revenir à un âge minimum de 62 ans en ajoutant un dispositif permettant le départ à la retraite à 60 ans pour toutes les personnes ayant travaillé tôt et dans des conditions pénibles. »

Maintenant, voici la nouvelle version : « Abroger l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans (réforme Borne) pour revenir immédiatement à un âge minimum à 62 ans et viser une retraite à 60 ans en priorisant / réinstaurer la retraite à 60 ans pour les personnes ayant travaillé tôt et dans des conditions pénibles ». Ainsi, la retraite à 62 ans n’est plus la mesure principale mais la mesure immédiate, ouvrant la forme à une réforme ultérieure, vers les 60 ans. La rédaction étrange du document signe une hésitation non arbitrée : 60 ans pour tous, comme le propose la France insoumise, ou 60 ans pour les carrières longues et pénibles, comme le proposait la version précédente de leur programme ? Mais ce changement venant après les contributions citoyennes prouve une disponibilité dans la base écologiste pour un programme assumé de transformation sociale.

Pour les bas salaires, le changement est également notable. La version précédente du programme était calquée sur la ligne minimaliste de Raphaël Glucksmann : augmenter le SMIC à 1600€ en deux ans. Si on prend en compte l’inflation, il n’en serait pas resté grand-chose. Cette fois, c’est différent. On lit : « Passer le salaire minimum à 2 000€ brut par mois dès 2027 ». En net, cela donnerait un tout petit peu moins de 1600 euros. Mais la hausse est désormais immédiate, et l’indexation du SMIC sur l’inflation le ferait rapidement passer au-dessus des 1600 euros. Ce n’est pas la panacée : avec les récentes hausse des prix, 1700 euros net nous apparaît un minimum. Mais que les Verts assument une hausse de 7% plutôt que rien est une bonne chose.

Ces évolutions positives sur le volet social s’ajoutent à de nombreux points de convergences que l’on connaissait déjà par ailleurs.

La 6e République en fait partie. Dans le détail de la mesure, on peut lire un processus constituant similaire à celui défendu par les insoumis. Les écologistes appellent eux à faire advenir la « Première République écologique et citoyenne ».

Sur le volet fiscal, nous connaissons de longue date nos convergences, comme l’idée d’une taxe Zucman ou d’un renforcement des impôts des grandes entreprises. Les batailles menées en commun à l’Assemblée nationale ont été très consistantes sur ces points lors des derniers automnes budgétaires. Mais il faut noter de nouvelles mesures intéressantes, qui s’approchent de celles que propose de longue date l’Avenir en commun. Par exemple, une fiscalité de l’héritage plus progressive (même si les Verts ne veulent pas imaginer un héritage maximal). Autre convergence : la modulation de l’impôt sur les sociétés en faveur des petites et moyennes entreprises.

Évidemment, c’est en matière de planification écologique que les Verts se rapprochent le plus de l’ambition de notre programme. Nous partageons de longue date de grands objectifs : 100% énergies renouvelables, sobriété énergétique, relocalisation, etc. La méthode a parfois divergé : Yannick Jadot refusait la planification écologique nationale, préférant la décentralisation et l’échelon européen. Les choses ont bien changé. Un chapitre entier est dédié à « planifier une nouvelle industrialisation ».

Il faut aussi noter que les Verts ont intégré l’idée que la bifurcation écologique (autre mot insoumis apparu dans leur prose) nécessite une forte intervention de l’État pour arracher l’économie à la dictature de l’actionnariat. Le chapitre Économie du programme de Jadot se limitait à des mesures fiscales : aucune nationalisation, si ce n’est EDF, faite depuis lors par Macron. Cette fois, la nationalisation des autoroutes apparaît. En matière d’industrie, les mesures sont moins concrètes, mais l’ambition apparaît : « L’État doit planifier la transformation des filières stratégiques – acier, automobile, chimie, énergie, pharmacie, armement, semi-conducteurs – pour garantir notre souveraineté économique et technologique, éviter une nouvelle vague de délocalisations et assurer la bifurcation écologique de notre industrie. »

Évidemment, il ne s’agit pas ici de faire croire à mes lecteurs que les Verts ont adopté le programme l’Avenir en commun. Des divergences sur des sujets importants demeurent, notamment du fait d’une vision très théorique d’un fédéralisme européen assez éloigné des rapports de force en Europe. Mais le rêve ne peut nuire. Il est moins commode de comprendre leur difficulté à admettre la nécessaire rupture avec l’impérialisme des États-Unis d’Amérique.

Cependant, sur ces points également, des évolutions positives peuvent être décelées. Par exemple, la mesure suivante n’est pas anodine : « Suspendre les obligations de mise en concurrence des compagnies ferroviaires. Redonner l’exploitation des lignes en France à la SNCF et aux autorités de transport métropolitaines. » Il s’agit d’une désobéissance assumée aux règles de l’Union européenne. Cela témoigne d’une approche pragmatique de la question européenne, sur laquelle on peut s’entendre en laissant pour plus tard les débats abstraits sur la nature de l’Europe possible.

De même, concernant les États-Unis d’Amérique, le document des Verts se fait plus critique que sa version précédente : l’idée qu’ils ne sont pas un partenaire fiable est accentuée, même si le document reste au milieu du gué en ne remettant pas en cause l’OTAN.

Aussi, sur la Palestine, le document va dans la bonne direction malgré des formules trop timorées au vu de la situation à Gaza et en Cisjordanie. Le soutien explicite à la Cour pénale internationale et la protection de ses membres face aux sanctions américaines est une nouveauté bienvenue. D’autres changements sont notables : le programme demande désormais le démantèlement des colonies existantes, alors que le document précédent parlait uniquement d’arrêt des nouvelles colonies ; il précise que les États et les acteurs privés ont le devoir de ne pas contribuer au maintien des colonies ; et les sanctions évoquées visent explicitement les sources d’investissement dans les colonies et non plus seulement les banques.

Avant de conclure, un regret : leur programme ne semble pas partager notre proposition d’éco-régions. On lit « Réformer l’organisation territoriale en se fondant sur le fédéralisme différencié pour permettre une reconnaissance des régions historiques et la création de régions choisies par leurs habitants ». Étrange formulation à vrai dire assez confuse. Des régions choisies par leurs habitants ? Décrire la méthode aurait fortifié l’idée. Le découpage n’est pas évident : s’agit-il des provinces du royaume de France ? Des régions créées en 1972 ? De celles qui découlent de la réforme de 2016 ? De même, leur idée d’un “nouveau pacte entre État et collectivités territoriales qui clarifie et élargisse les compétences des régions et des collectivités territoriales” nous dit peu de son contenu. La création d’éco-régions dédiées à la mise en œuvre de la politique écologique serait plus en phase avec notre ambition commune en matière de climat et de biodiversité.

En conclusion, ce document nous apprend que les contributions de la base écologiste à la version proposée par la direction ont rapproché le programme du parti de la proposition insoumise. C’est un point positif. L’aspiration des militants et sympathisants du parti à un programme de rupture sera un point d’appui utile dans la suite de la campagne. Si le parti écologiste accepte que nous la menions ensemble.

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