Répression à Sainte Soline : mon récit

Samedi, une mobilisation nationale était organisée à Sainte-Soline.

Elle a été le lieu d’un déchaînement de violences policières sans précédent, contrastant avec la justesse de la cause ici défendue : le droit à l’eau.

Je vous raconte.

Prévue depuis des mois, elle s’inscrivait dans le cadre d’un week-end de mobilisation appelé et organisé par des associations, des partis et des syndicats, dont Bassines Non Merci, Confédération paysanne et La France insoumise.

Ensemble, nous dénonçons la construction de mégabassines de substitution, une catastrophe environnementale à contre-courant de toutes les alertes des scientifiques sur le changement climatique.

Ces mégabassines sont d’immenses réserves d’eau en plein air, de la taille de plusieurs terrains de football, qui sont remplies en puisant dans les nappes phréatiques et les rivières alentour.

Cette eau volée à la nature ne bénéficierait qu’à 5% des agriculteurs, laissant aux autres paysans une terre appauvrie et asséchée. Et un prix de l’eau en augmentation pour tous.

La mobilisation était donc prévue depuis des mois. Plus de 30 000 personnes se sont rendues sur place depuis hier soir, malgré les très nombreux barrages policiers autour de la zone, qui visaient à empêcher le rassemblement des militants pourtant pacifiques.

Dans la foule : de nombreuses familles, des personnes âgées, des costumes, des chants, des rires, des fanfares.

L’ambiance est festive et bon enfant.

Trois cortèges différents s’élancent donc ce matin, tous avec le même objectif : la bassine de Sainte-Soline.

Pour ma part, j’étais avec mes collègues députés insoumis.

À perte de vue, des habitants de toute la région, du pays et même d’autres pays européens marchaient ensemble pour dire non à un projet dramatique.

À l’arrivée des cortèges près du site, les forces de l’ordre présentes protègent cet immense trou avec des dizaines de camions. Ils étaient plus de 3000.

Gaz lacrymogène, grenades de désencerclement : pendant plus d’une heure, les gendarmes disposés autour de la bassine ont attaqué sans distinction les familles, les personnes âgées et tous les militants écologistes.

À ce moment, plusieurs dizaines de manifestants blessés commencent à affluer vers l’arrière où nous étions.

Certains saignent beaucoup, blessés au visage, aux jambes, par des grenades.

Les soins d’urgence sont prodigués par les équipes de soin militantes, mais elles sont très vite dépassées.

Pendant ce temps, la violence continue à s’abattre sur un cortège qui reste déterminé.

La police empêchait les véhicules de secours de venir sur place selon la Ligue des droits de l’Homme.

J’ai appelé la sous-préfète à plusieurs reprises pour qu’elle s’engage à laisser passer les pompiers et le SAMU.

45 minutes plus tard, 1 ambulance est autorisée à entrer.

Trop tard pour des blessés en urgence vitale, et trop peu pour leur nombre.

Alors que la situation était critique, et qu’il était urgent de venir en aide à tous les blessés, des gendarmes en quads ont surgi à l’arrière du cortège, au bout du champ.

Mouvement de panique. Les députés insoumis et eelv se sont positionnés en cordon de protection devant les blessés qui n’étaient pas en état d’être transportés, pensant que les écharpes les protégeraient.

Mais la violence de ce gouvernement s’abat sur tous les corps sans distinction.

Nous avons même été spécifiquement visés. Une grenade est tombée à mes pieds.

Reculant pour éviter leur charge et le nuage de gaz qui nous recouvrait complètement, nous avons été pris pour cible alors même que ni nous, ni les équipes médicales, ni les blessés ne représentaient la moindre menace.

Le communiqué provisoire des associations fait état de 200 blessés, dont 3 en urgence vitale.

Cette journée restera comme celle du naufrage moral et politique de ce gouvernement et de sa stratégie de maintien de l’ordre.

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