Avec le groupe de La France insoumise à l’Assemblée nationale, nous avons déposé la semaine dernière une proposition de résolution invitant le Gouvernement à organiser le retrait de la France de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). C’est un enjeu vital pour notre souveraineté et la défense du droit international. Je vous explique.
La sortie de cette alliance militaire dirigée par les États-Unis d’Amérique est une proposition portée de longue date par La France insoumise, dès la première édition de son programme l’Avenir en commun, parue en 2016. Elle revêt cependant une urgence particulière dans le contexte actuel ; les États-Unis assumant désormais pleinement une stratégie impérialiste agressive dans leur dernière “Stratégie de Sécurité Nationale”. Sa mise en pratique a été immédiate. L’administration du président Donald Trump a en effet multiplié les attaques envers les principes fondamentaux du droit international, mais aussi contre ses prétendus alliés européens.
À titre d’exemple, on peut citer l’imposition par Donald Trump d’un tribut de 5% du PIB en dépenses d’armement, au lieu de 2% précédemment pour les membres de l’OTAN, des sanctions contre des responsables européens œuvrant à la réglementation des GAFAM, ou encore les accords commerciaux injustes et arbitraires imposés de force à l’Union européenne. Il est ainsi clair que les États-Unis mettent ouvertement en œuvre un processus de vassalisation de l’Europe. Les menaces quotidiennes d’annexion du Groenland, territoire sous souveraineté danoise, sont l’ultime démonstration que les États-Unis ne sont pas un allié, mais bien une menace militaire pour l’Europe.
De la même manière, le kidnapping du président du Venezuela par les États-Unis constitue un fait totalement illicite au regard du droit international, que nous condamnons avec la plus grande fermeté. Cet événement gravissime, auquel se sont ajoutées des menaces contre plusieurs pays d’Amérique latine, m’a amené à me rendre en Colombie ces derniers jours pour un grand sommet international aux côtés de nombreux dirigeants latino-américain.
Les raisons de quitter l’OTAN sont multiples. Ainsi, sur le plan budgétaire, l’Alliance atlantique constitue également un poids pour la France. En effet, pour répondre aux exigences de dépenses militaires de Donald Trump, désormais portées à 5% du PIB, le gouvernement a alloué plusieurs milliards d’euros supplémentaires au budget de la Défense. Dans un contexte de coupes budgétaires généralisées, ce sont autant de milliards qui ne seront pas investis dans la santé, l’éducation, la justice, les services publics, etc. En outre, l’argent investi dans le cadre de l’OTAN échappe à tout contrôle démocratique national, et sert avant tout les intérêts technologiques et industriels des États-Unis. Ainsi, l’intégration à l’OTAN affaiblit notre base industrielle et technologique de défense, notre liberté stratégique ainsi que la délibération démocratique et notre souveraineté nationale.
Depuis plus de trente ans, l’OTAN mène des interventions militaires répétées, presque systématiquement sous direction étasunienne, souvent à l’encontre des principes de l’ONU et du droit international. Surtout, ces interventions militaires se placent en dehors de toute logique strictement défensive, et servent avant tout les intérêts des États-Unis. Ce fut notamment le cas lors des interventions en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak ou en Libye. Par ailleurs, les États-Unis, puissance dominante de l’OTAN, fournissent un soutien économique et militaire massif au gouvernement de Netanyahu, ce qui en fait le principal complice du génocide actuellement en cours à Gaza.
Faire entendre la voix de la France
Rappelons que l’intégration française à l’OTAN ne va pas de soi. En 1966, le général De Gaulle, alors Président de la République, avait annoncé le retrait de la France du Commandement intégré de l’OTAN, pour garantir une forme de non-alignement de la France et empêcher qu’elle ne soit entraînée dans des conflits dans lesquels ses intérêts ne seraient pas en jeu. À l’époque, les arguments employés contre cette décision étaient les mêmes que ceux utilisés aujourd’hui contre notre proposition de retrait de l’OTAN. Cependant, la diplomatie non-alignée qui a découlé de la décision de De Gaulle a permis à la France de voir son influence progresser. En défendant le droit et les institutions internationales, en faisant primer le dialogue sur la force et en affirmant des positions résolument indépendantes, la France a fait entendre sa voix dans le monde et a ouvert des alternatives au règne de la force. En effet, dans l’histoire récente, la France a été respectée sur la scène internationale quand elle a su s’opposer frontalement aux États-Unis, lorsqu’elle a défendu le droit international et n’a pas cédé aux velléités impérialistes nord-américaines. Ainsi en 2003, la France a été applaudie au Conseil de Sécurité lorsque Dominique de Villepin a refusé que la France intervienne en Irak dans une coalition de l’OTAN menée par les États-Unis.
Dernier point capital : la France est bien plus forte que certains veulent le faire croire. Grâce à la dissuasion nucléaire, la France possède les moyens d’une défense autonome de son territoire national et de sa population. Elle jouit également d’un atout décisif qui est sa présence sur tous les océans. Sa géographie, son économie, son rayonnement scientifique et culturel, ses capacités militaires autonomes et sa capacité à intégrer des coalitions sous mandat onusien en font une véritable puissance mondiale.
Une diplomatie au service de la paix et de l’intérêt général humain
En sortant de l’OTAN, la France pourra s’échapper d’un carcan allant à l’encontre de ses propres intérêts stratégiques. Contrairement à ce que disent nos opposants, la France ne se retrouvera pas seule, mais non alignée. La rupture avec le prétendu « camp occidental » et ses postures arrogantes accroîtra la portée de nos messages et de notre travail pour la paix. La France a un rôle à jouer au sein des espaces internationaux stratégiques que sont la francophonie, les pays émergents (BRICS +), l’Organisation des Nations Unies (ONU), l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE).
En s’émancipant du cadre de l’OTAN, la France pourra retrouver sa souveraineté diplomatique et créer de nouvelles coopérations internationales d’intérêt général. Ces nouveaux partenariats auront pour objectif de répondre à la crise écologique, à la problématique de l’accès à l’eau, de construire des alternatives au néolibéralisme, de garantir la protection et l’accès aux biens communs de l’humanité ou encore d’organiser le désarmement nucléaire multilatéral.
En retrouvant une voix indépendante et souveraine, la France retrouvera ainsi la capacité de mener une diplomatie non-alignée, au service de la paix et de l’intérêt général humain.
C’est pourquoi vous pouvez compter sur moi et les insoumis pour continuer le combat pour le retrait de la France de l’OTAN jusqu’au bout.