Lors de mon récent déplacement à Toulouse, j’ai eu l’immense honneur de visiter l’IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie, rattaché au CNRS) et de découvrir le travail formidable accompli par les chercheurs qui y travaillent.
Ces rencontres m’ont confortée dans l’idée que la recherche scientifique est un pilier de notre indépendance, de notre souveraineté et de notre puissance, mais que nous faisons fausse route depuis bien trop longtemps.
Lors de ma visite, j’ai été frappée par les formidables capacités et projets des chercheurs français, dont les découvertes et publications sont à la pointe dans leur domaine. Ils font véritablement la force de notre pays.
Soyons clairs : les ingénieurs et chercheurs de l’IRAP sont parmi les meilleurs du monde. Dans le domaine de l’astrophysique et de la planétologie, la France possède une véritable force scientifique, capable de rivaliser avec les grandes puissances mondiales.
Cependant, l’effondrement de la recherche fondamentale à cause des politiques anti-sciences de Donald Trump et austéritaires d’Emmanuel Macron constitue un grave danger pour les scientifiques français et notre rayonnement mondial.
Ce n’est un secret pour personne : la recherche scientifique est considérablement sous-financée en France. Les dépenses consacrées à l’ensemble des activités de recherche et développement en France, secteurs public et privé, correspondent à seulement 2,18 % de son PIB en 2023. La France se situe loin derrière la Corée du Sud (5,0 %), la Suède (3,6 %), les États-Unis (3,5 %), le Japon (3,4 %), l’Allemagne (3,1 %) ou encore le Royaume-Uni (2,8 %).
Cela s’inscrit dans une logique plus large. Depuis l’adoption de la « stratégie de Lisbonne » par l’Union européenne (UE) en 2000, l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) sont soumis à la logique entrepreneuriale, à la rivalité entre établissements, à la concurrence entre enseignant·es-chercheur·ses et aux injonctions à l’innovation court-termiste. Le premier objectif de ce processus est de transformer le savoir et sa transmission en marchandise, sur laquelle il est possible de faire du profit. Pour cela, il les place au service de la compétitivité des entreprises.
D’après un rapport de la Cour des Comptes de 2023, le CNRS fait face à une perte d’attractivité. Les candidatures de chercheurs ont diminué de 36 % en 10 ans, tandis que les concours d’ingénieurs et de techniciens sont quatre fois moins sélectifs qu’il y a 10 ans : “En tout état de cause, le CNRS va être confronté à un enjeu majeur de renouvellement de ses compétences, du fait du volume important des départs en retraite attendus dans les prochaines années.”
Dans le même temps, plusieurs décisions gouvernementales récentes illustrent un second mouvement : le renforcement de l’emprise politique sur les acteurs scientifiques. C’est une grave mise en danger de l’indépendance de la recherche en France, notamment en matière de santé. Je vous explique.
Réforme de Santé Publique France : l’indépendance de la recherche piétinée par le macronisme
En janvier 2026, la Ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé un grand plan de réorganisation de Santé Publique France, mettant dangereusement en cause l’indépendance scientifique de cette agence.
Créée en 2016, Santé publique France regroupe des missions scientifiques primordiales au vu des défis sanitaires auxquels nous faisons face aujourd’hui : surveillance de l’état de santé de la population, veille et alerte sanitaires, prévention et promotion de la santé.
En seulement 10 ans, les actions de Santé publique France ont eu un impact concret et décisif sur le niveau de santé des français. Par exemple, avec la campagne « Mois sans tabac », l’agence a largement contribué à réduire le nombre de fumeurs de 4 millions en 10 ans.
Malgré ces belles réussites, la Ministre de la Santé a décidé arbitrairement, et contre l’avis de l’immense majorité des experts, de démanteler les campagnes de prévention de Santé Publique France pour les placer sous le contrôle du gouvernement.
Le principe d’indépendance scientifique, au cœur de la confiance des citoyens, a ainsi été balayé d’un revers de main par la décision injustifiée de la ministre. Cela va totalement à l’encontre de nos principes démocratiques fondamentaux, alors que la santé publique est un enjeu majeur.
Rappelons que le Ministère de la Santé avait déjà gravement porté atteinte à l’indépendance de Santé Publique France en 2023. Pendant la coupe du monde de rugby en France, le Ministère s’était soumis aux pressions du lobby viticole en décidant unilatéralement d’annuler deux campagnes de sensibilisation contre l’alcoolisme. Une fois de plus, le gouvernement avait choisi de favoriser des intérêts marchands à l’intérêt général des français.
Dès lors, il ne fait guère de doute que la réorganisation de Santé Publique France donnera lieu à une inféodation de la connaissance scientifique à des intérêts contraires à la santé publique. C’est pour toutes ces raisons que j’ai interpellé la Ministre de la santé, en exigeant la garantie de l’indépendance totale de Santé Publique France.
Le cas de l’ANSES : censurer les scientifiques pour mieux empoisonner les Français
La situation de Santé Publique France n’est pas un cas isolé : il s’inscrit dans un terrible mouvement structurel de remise en cause des expertises scientifiques, afin de les plier aux volontés du gouvernement.
Deux jours après l’adoption de la loi Duplomb, le gouvernement a discrètement publié un décret qui affaiblit gravement l’indépendance d’une autre institution fondamentale de santé publique, l’Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation (ANSES). Cette agence publique, née en 2010, a notamment pour mission d’assurer la sécurité sanitaire dans les domaines de l’environnement, du travail et de l’alimentation.
Concrètement, le décret impose à l’ANSES de « tenir compte, dans le calendrier d’examen des demandes d’autorisation de mise sur le marché » d’une liste de substances prioritaires définie par le ministre de l’Agriculture. Cela signifie que l’agence ne pourra pas mener ses études et son travail de contrôle de manière indépendante. Elle sera soumise au calendrier et aux intérêts du gouvernement.
L’objectif du gouvernement est clair : empêcher l’ANSES de rendre des avis scientifiques indépendants et éclairés sur la dangerosité de certains produits, notamment des pesticides toxiques.
Ainsi, le gouvernement a une fois de plus brutalisé la science, au profit des intérêts marchands et contre la santé des français.
La santé des populations est un bien commun aussi fragile que précieux. Elle constitue un enjeu démocratique majeur. Elle exige un débat public pleinement éclairé et des actions fondées sur les expertises.
Ce qui se joue ici dépasse largement le seul champ sanitaire : c’est une même logique de mise au pas des savoirs indépendants qui frappe aujourd’hui l’ensemble des institutions publiques de recherche et d’expertise. J’aimerais ici vous parler du groupe d’intérêt public de l’Europe des projets et de l’aménagement urbain (GIP EPAU)
GIP EPAU : le gouvernement sabre les fonds pour l’urbanisme de demain
Le GIP EPAU, bien que méconnu, est un outil d’action publique primordial dans la recherche sur l’aménagement, l’urbanisme, l’architecture et la transition écologique des territoires. Pour cette instance aussi, le gouvernement a décidé sans concertation, sans débat parlementaire et de façon totalement arbitraire de couper les financements de ces programmes de recherche.
Dans son obsession austéritaire, le pouvoir macroniste met ainsi en danger 21 postes de chercheurs. Plus largement, des milliers d’élus locaux, de chercheurs, de professionnels de l’aménagement et de citoyens engagés qui voient disparaître un outil public essentiel.
Environ 200 collectivités territoriales, 900 chercheurs et 1 200 professionnels de l’aménagement et de l’environnement sont directement touchés. 10 programmes nationaux se retrouvent interrompus ou mis en péril, malgré leur intérêt crucial face aux enjeux contemporains : Quartiers de demain, Caravane des ruralités, Érable (Élus par la Recherche-Action sur la Biodiversité Locale), etc.
Cette décision, dénoncée comme un acte “aux accents trumpiens” par les architectes, remet structurellement en cause le champ d’action de la recherche, au profit d’une logique purement comptable. Tout ça pour des économies de bout de chandelle à l’échelle de l’État. La recherche est pourtant nécessaire pour garantir la qualité et la durabilité du logement sur le long terme.
Voilà la réalité de la gestion ultra-austéritaire du macronisme : supprimer les programmes de recherche chargés de réfléchir aux futurs quartiers de nos enfants et petits-enfants. L’extinction du GIP EPAU constitue un non-sens environnemental, social et politique. C’est pourquoi cette décision doit être annulée.
Investir dans la recherche scientifique avant qu’il ne soit trop tard
Face à ces coups portés institution après institution, il nous faut développer un programme clair afin de reconstruire et protéger durablement notre appareil scientifique. C’est le sens du combat que nous menons pour préserver et renforcer la recherche publique française.
Les insoumis défendent le renforcement du CNRS et des autres grands instituts publics de recherche (Inserm, Inrae, etc.). Nous luttons pour rehausser le niveau d’investissement public dans la recherche, pour bâtir un statut protecteur pour les jeunes chercheurs, et pour créer un service public de la publication scientifique pour permettre aux citoyens et universités d’accéder gratuitement
aux articles des chercheurs.
Alors que nous avons encore la chance d’être en pointe dans le domaine des sciences fondamentales, il est urgent d’agir pour conserver ce statut et rattraper notre retard dans les autres domaines.
Plus généralement, il nous faut développer des universités plus ouvertes sur la société, en créant un véritable lien entre les chercheurs et la population, dans un esprit de diffusion des savoirs et de réflexion citoyenne sur leur usage.
Le développement et le rayonnement scientifiques sont un pilier de notre indépendance et de notre épanouissement. La France doit demeurer une nation du savoir scientifique. L’internationalisme humaniste auquel nous aspirons s’écrit aussi dans des coopérations scientifiques.
Lorsque nous serons au pouvoir, la France redeviendra enfin une grande nation scientifique.
Depuis trop longtemps, la science française est confisquée pour servir des intérêts marchands.
Demain, elle servira l’intérêt général humain.